Naissance et Enfance

Chaque mardi matin, en sortant les poubelles, je croise la Mère Mayeux, ma concierge. Et comme chaque mardi matin, cette pétardière mal démoulée plus conne qu’un manche à balai me sort la même prêche : « Et c’est pas contre vous que j’dis ça, mais on m’ôtera pas du ciboulot qu’ils sont de plus en plus nombreux ». 

Évidemment, cette vieille pourrave me parle des Rejetons, dont je suis à ses yeux un des rares membres respectables, semble-t-il. Ses abattis, à cette grosse vioque, je les verrais bien finir dans mes sacs à ordures, mais j’acquiesce. Dans mon domaine, faut savoir jouer le bon bourge pour pas rameuter les condés.

Sa science de la vie, elle la partage avec des millions de ses compatriotes. T’as beau avoir aucune étude sérieuse sur la question, aucun recensement, rien ne fera changer d’avis tous ces caves et rien ne calmera leur peur de nous voir les remplacer. 

Dans ce bain de fantasmes, le beau pays de France encourage les Rejetones en cloque à se tricoter la moujingue, histoire de faire passer des lardons trop encombrants. Tout d’un coup, elle est loin la bascule à charlot pour les faiseuses d’ange. Mais l’envoi de praticiens mal formés à la besogne ne crée pas d’engouement chez les futures mômans. 

Côté stérilisation, toutes les tentatives gouvernementales ont capoté. C’est pas faute d’avoir traficoté des potages dans les labos et de les avoir injectés vicieusement. Mais rien n’y fait : notre nature revêche semble défier toute biologie. 

Ce genre d’échec enquiquine bien la Société de Contrôle Anthropologique, un petit club pro-humain qui milite activement pour notre éradication totale. Ces tordus sont des industriels et des politiques intouchables, trop ultras pour être vraiment populaires. Mais on a vu il y a peu où mènent les délires eugénistes et je n’aurais rien contre loger une balle de .22 dans ces crânes de branque avant qu’il ne soit trop tard

Bref,on va faire le point sérieusement et oublier un moment les cancans de tous ces galeux.

Les Pointus

Aux yeux des Humains, les Pointus font figures de bons élèves puisqu’ils contrôlent drastiquement les naissances, histoire de ne pas multiplier les futurs rivaux dans leur propre espèce. Ça leur est d’autant plus simple que l’instinct maternel est aux abonnés absents. Très rapidement, les petits doivent se démerder seuls et se montrer impitoyables. Méfiez-vous ! Une fois, j’ai vu une bande de chérubines pointues qui tranchait le lard d’un micheton. Vu la sauvagerie, je peux vous dire que j’ai joué les fantômes. 

Les Gravos

Avant le rite du Skoutémich (voir p.79 du livre de règles), les enfants Gravos sont élevés et protégés par leur clan. Mais la pauvreté s’abat souvent sur ces communautés comme la vérole sur des baise-à-l’œil, aussi il arrive que des daronnes abandonnent leurs bébés devant des orphelinats où un destin très incertain les attend. Les petits squelettes aux dents proéminentes retrouvés dans les charniers de ces Maisons Bon Secours ne sont certainement pas ceux de bichons maltais…

Les Galibots

Cela ne surprendra pas grand monde d’apprendre que les Galibots veillent sur leurs moutards comme une oie sur sa nichée. La formation et l’intégration à la Structure (voir p.83 du livre de règles) sont les conditions sine qua none de la vie sociale, et autant dire qu’un parent qui délaisse son minot se voit vite rappelé à l’ordre.

Les Nabots

Je dis toujours que les Nabots sont les caves de nos vilaines races. Les marmots naissent majoritairement dans des familles qui restent soudées malgré les tempêtes et les avoines propres à la vie de couple. Ces individus à l’enthousiasme éreintant vivent donc une enfance bien rangée. 

Les Dahus

Les Dahus n’ont pas d’enfants, et c’est tant mieux. Imaginez des petits cornus follingues gambadant non stop comme une nuée de cafards extatiques… Ce serait l’éradication du Grand Tout assurée. Les Dahus apparaissent d’on ne sait où avec leurs caractéristiques adultes, suivant leur adage un brin irritant : «Nous sommes là. Et c’est suffisant».

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